Alice (Judith Hermann, 2009)

S’il y a un livre qui m’a particulièrement plu, qui m’a touché et que je trouvais exceptionnellement bien écrit, c’est Alice de Judith Hermann, paru en 2009. Il s’agit d’un recueil de cinq récits autour du thème de la mort. Ce qui les unit, c’est le personnage d’Alice qui appartient à l’entourage plus ou moins proche du défunt.

Quand je dis mort, je ne dis pas agonie, je ne dis pas désespérance, regrets profonds, gravité. Je dis le fait de disparaître, soit de façon attendue soit de façon imprévue, et de laisser un vide. Chaque chapitre du recueil, chaque récit porte le nom d’un des cinq hommes qui meurent : Micha, Conrad, Richard, Malte, Raymond. Cinq hommes qu’Alice connaissait. Cinq vies qui s’éteignent. Le premier récit, que je trouve le plus réussi, parle de Micha, qui a un cancer et qui va en mourir. Dans la province de Zweibrücken, en Sarre, sa femme, son enfant etson ancienne amante alias Alice attendent sa mort et dans ce cas sa délivrance.

« Zwei Brücken, für Alice klang das poetisch, war aber nur ein schiefes Bild, weil es für den Sterbenden, wenn überhaupt, doch nur eine Brücke gab. Für wen war die zweite ? »

« Aber Micha starb nicht. Nicht in der Nacht zum Dienstag, auch nicht in der Nacht von Dienstag zu Mittwoch, möglicherweise würde er am Mittwoch abend sterben oder in der Nacht zum Donnerstag. Alice glaubte, gehört zu haben, die meisten Leute sürben nachts. »

Constat simple et brutal en même temps, formulé dans cette langue poétique qui est propre à Judith Hermann. Alors que c’est un sujet triste qu’elle traite, l’auteur arrive à le traiter avec légèreté. Elle ne pose pas la question du pourquoi et n’évoque pas de questions existentielles. Avec un amour du détail, elle décrit comment la vie quotidienne avant ou après la mort d’une personne aimée change. Rangements d’objets personnels, enterrement, petites situations dans lesquelles le défunt manque particulièrement.

Dans le deuxième récit, Judith Hermann nous raconte l’histoire de Conrad, ami paternel chez lequel Alice passe, avec des amis, ses vacances dans sa maison en Italie. L’homme déjà âgé tombe malade et meurt de façon imprévue. Quant à Richard, personnage central du troisième récit, lui et sa femme attendent depuis un certain temps sa mort puisqu’il est malade. Quand Alice, une amie de la famille, leur rend visite elle apprend que l’enterrement et la veillée funèbre sont déjà organisés. Dans le quatrième récit, le lecteur rencontre une autre sorte de mort : le suicide. Malte, l’oncle homosexuel d’Alice, dont elle n’a jamais fait la connaissance mais dont elle a rencontré l’amant un jour de pluie, met fin à sa vie. La personne qui semble être la plus proche d’Alice est pourtant Raymond qui « la regardait de façon parfaite » et dont la mort la touche le plus.

Judith Hermann est un des meilleurs auteurs allemands contemporains. Avec ses livres, j’ai pu découvrir un style nouveau dans la littérature allemande. Elle construit des phrases simples en utilisant toutefois un vocabulaire riche. Son écriture est très descriptive et ainsi l’auteur arrive à dépeindre des situations de façon dont l’atmosphère nous empreigne. Dans son livre Alice, Judith Hermann traite la mort définitive et irréparable et ne tait pas la douleur et la perte qu’elle cause. Pourtant, Alice témoigne d’une certaine mélancolie mais aussi de légèreté. Le livre est écrit de manière tendre et je ne peux que le recommander.

Christine Erzberger

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