Coup de coeur : Mauvaises herbes au paradis

Jérôme Serre a traduit le film « Mauvaises herbes au paradis » de Bartosz Werner pour notre festival.

Unkraut im Paradies (Mauvaises herbes au paradis) est très classique dans sa mise en forme stylistique. S’il ne met en avant aucune recherche formelle, l’intérêt du film réside bien plus dans la galerie de portraits qui y est brossée. Les deux protagonistes sont captivants et touchants chacun à leur façon. Dans la peinture de ce microcosme social, on en oublierait presque que les protagonistes sont des acteurs tant ils sont criants de vérité. Le narcissique qui y est dépeint nous agace la plupart du temps, on le hait et on se plait à le haïr, mais il apparaît également touchant (en de rares occasions, certes). Ce personnage, dont on ne connait pas tous les antécédents familiaux, est probablement plus complexe qu’il n’y paraît (il empreinte certains traits de caractères à l’histrionique ou au borderline, par exemple). De fait, le jugement que l’on pourrait porter sur lui pourrait en être faussé. Aussi, pourquoi ne lui accorderait-on pas un non-lieu ? Par respect pour Meike ? Oui, pourquoi pas. Néanmoins, le condamner semble chose un peu trop facile. Car s’il existe au travers de la relation qu’il noue avec Meike, son personnage s’est structuré au travers des relations interpersonnelles nouées avec d’autres personnes. Il en est aussi tributaire. Et qui sait si la faute a toujours reposé sur lui ! C’est la magie du cinéma que de nous mener vers certaines pistes, d’en obstruer d’autres. Peut-être sous cette carapace narcissique se cache un être certes immature mais attachant, qui ne sait pas ce qu’il veut vraiment dans la vie, et ce peut-être en réaction à un monde des adultes pour lequel il ne se sent pas armé. Et à qui la faute ? Qui le sait?

Jérôme Serre

>> vers une explication détaillée du film

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