Coup de coeur : Pianomania

♥ Jan, le programmateur du festival Univerciné Allemand nous présente le film de clôture.

Dans le documentaire Pianomania, Lilian Franck et Robert Cibis montrent des virtuoses du piano à la recherche du son parfait.

Quand on lui demande comment un tel film peut susciter l’enthousiasme du public, le réalisateur Robert Cibis répond : « Surtout, vous évitez d’employer le mot « accordeur de piano » ». Et il est vrai qu’au premier abord, on a du mal à imaginer qu’un documentaire sur un technicien de chez Steinway puisse intéresser un public autre qu’un cercle de spécialistes convaincus.

Pendant un an, Pianomania a suivi l’accordeur professionnel Stefan Knüpfer dans son travail à la Konzerthaus de Vienne. Au cœur du film, formant le cadre dramaturgique, un nouvel enregistrement, par le pianiste français Pierre-Laurent Aimard, de L’Art de la fugue de J.S. Bach. Tous deux, l’accordeur et le pianiste, se sont retrouvés à de multiples reprises pour répéter et travailler, et chaque fois l’équipe du film était présente. Il est clair qu’il ne s’agit pas ici d’une association de circonstance entre l’artiste et l’accordeur, mais d’une sorte de rencontre au sommet entre deux virtuoses dans leur domaine respectif.

En filigrane de l’histoire d’un accordeur passionné, une autre, universelle, celle d’êtres qui se donnent corps et âme à leur travail et y consacrent leurs nuits. Par leur passion poussée à l’extrême, ils font penser aux jusqu’au-boutistes des films d’un Werner Herzog. Mais là où ces derniers veulent construire des opéras au milieu de la jungle ou escalader des sommets de 8 000 mètres, la véritable aventure, dans Pianomania, commence lorsque, un jour, les marteaux commandés pour le piano de concert sont trop poncés de 0,7 millimètres.

Mais les protagonistes, s’ils sont perfectionnistes, ne sont néanmoins pas des individualistes fermés à tout. Ils sont capables de prendre de la distance et c’est probablement la raison pour laquelle leur « spécialisation au plus haut niveau » (Stefan Knüpfer) ne nous semble pas névrotique, mais divertissante avant tout.

Pour Pianomania, les cinéastes ont également recherché un son parfait. « Ce n’était possible que parce que normalement, on ne déplace pas aisément un piano », déclare Cibis en expliquant : « Nous avons travaillé avec jusqu’à quatre-vingt-dix micros qui avaient été installés auparavant au plafond ou au sol ». Comment parvient-on, avec un tel déploiement technique, à ne pas perturber le déroulement de l’enregistrement ? Lilian Franck et Robert Cibis se sont préparés durant des années à ce projet – notamment parce que l’argent faisait sans cesse défaut. Et cette longue phase préliminaire a été payante. Les rencontres avec les artistes étaient si fréquentes que Lilian Franck et Robert Cibis faisaient désormais partie de l’équipe et ne dérangeaient en rien le processus intime du travail.
Les deux réalisateurs sont également marqués par les années qu’ils ont passées en France. « Dès mon bac en poche, j’ai quitté ma province de Westphalie pour Paris, raconte Cibis, où j’ai fait diverses études que j’ai terminées en suivant l’atelier franco-allemand mis en place par la fémis à Paris et la Filmakademie Baden-Wurttemberg à Ludwigsburg ». Lilian Franck, elle, a commencé à Ludwigsburg des études qu’elle a complétées et à l’école Le Fresnoy à Lille. Tous deux savent tirer profit de leurs bons contacts en France. Rien d’étonnant donc à ce qu’ils aient rapidement trouvé un distributeur pour leur film qui sortira en salle en janvier 2011.

Traduction : Marie-Lys Wilwerth et Martine Bloch,
l’article a été publié par le Goethe-Institut France
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