Echange avec le réalisateur Frieder Schlaich

Cet important acteur du cinéma d’auteur allemand, autant pour la promotion que la production, est venu nous présenter son film de 2012 intitulé « C’est moi la plus belle ». Un film d’actualité s’il en est, traitant de la question de l’immigration et des sans-papiers, mais d’un point de vue plutôt inhabituel.

Question : D’abord, une première question sur le choix des acteurs, comment les avez-vous trouvé ?

Frieder Schlaich : Ce sont tous des amateurs sauf celle qui jour Jutta (l’avocate) qui elle est une professionnelle et qui est d’ailleurs assez connue en Allemagne.

Pourquoi avoir choisi ce thème et surtout cette façon d’aborder la question de l’immigration ?

C’est un thème qui concerne tout le monde. Ce film traite à la fois de la confiance en ses amis, plus spécifiquement en sa meilleure amie, et à la fois sur la précarité de la situation où un simple contrôle de police lorsqu’on est à vélo peut avoir des conséquences désastreuses. J’avais déjà fait un film sur les africains mais sans un autre genre plutôt sur la violence. « C’est moi la plus belle » est donc une autre façon d’aborder les choses.

Je profite de cette question pour parler un peu du style du film. Celui que j’ai fait avant sur l’Afrique [« Otomo », 1999, Berlin, Ndlr] était plutôt du type des films des frères Dardenne, là c’est plutôt à la manière de Truffaut. Je voulais un film proche de la réalité. Peut-être que c’est un peu lourd mais ici, avec les acteurs amateurs, certaines scènes ne fonctionnaient pas et j’avais des amis qui faisaient des dessins animés, j’ai donc voulu en insérer une partie. 

_MG_5110 Justement à propos de la partie animation, je voulais savoir si c’était volontaire et en quelle grandeur ?En fait c’est volontaire que ce soit sans effet spéciaux, c’est-à-dire par ordinateur. Tout est fait en grandeur nature. Et surtout ce film a été fait à Berlin et c’est une ville où tout est possible…

Je voulais savoir le nom de l’actrice principale et comment vous l’avez trouvée.

Elle s’appelle Valentina et a grandement inspiré le film. Elle vit maintenant en Allemagne après avoir été longtemps en Colombie sans pouvoir revenir en Allemagne. Sa situation et surtout la résolution de sa situation a été d’un côté plus dramatique que celle du film. En fait elle s’est présentée au tournage avec sa mère à un moment où je ne parvenais pas à trouver d’actrice. Elle n’est pas du tout actrice et elle était extrêmement lunatique. C’était très dur de travailler avec elle, et beaucoup de scènes n’ont pas été faites comme je le voulais. Mais je trouve qu’elle donne une certaine authenticité au film, elle est vraie parce qu’elle vivait une chose similaire dans la vraie vie au même moment. Aujourd’hui elle a vingt ans et elle fait beaucoup d’interviews pour témoigner de ce problème. Elle a beaucoup de mal à vivre une vie normal après cette expérience.

J’ai lu que le budget avait été très difficile à boucler…

C’était effectivement très difficile à financer. Par exemple nous avons dû en financer la moitié nous-même. Mais en définitive, grâce au travail des amateurs et parce que c’est principalement filmé dans un quartier où les figurants étaient tout trouvé, c’était un film qui ne coûte pas cher. En plus cela s’est fait pendant les vacances d’été, pendant l’intégralité des vacances même, à cause des restrictions sur le travail des enfants. Mais on s’en est sorti !

La musique est aussi très importante dans le film…

Oui c’est un élément important car la musique est très importante chez les jeunes. Elle reflète souvent leurs émotions ou ce qu’ils voudraient être.

On ne voit pas les agents administratifs, était ce voulu ?

Non pas spécialement, c’est juste qu’on ne voulait pas prendre les mêmes clichés. On connaît cette situation dans plein de films. L’actrice qui joue l’avocate, qui a vraiment soutenu le film, je voulais faire son personnage comme ça et non comme un avocat lambda de Berlin. Dans les journaux on parle en une ligne de ces personnes. Ici c’est une manière de se souvenir d’une personne pour faire ressortir l’ensemble des personnes qui vivent cela, une manière de ne pas l’oublier. Quand je passe ce film dans les classes en Allemagne, je remarque qu’il y a des gens qui ont aussi des problèmes d’intégration. Ils s’identifient facilement aux personnages de ce film. C’est une manière de s’attarder sur un sujet sur lequel peu se penchent.

Quel a été l’accueil en Allemagne et à l’étranger ?

C’était plutôt moyen en Allemagne comme c’est souvent le cas des films qui critiquent l’Allemagne,  mais il a eu un  prix à Stockholm et cela a eu des échos en Allemagne et cela a permis de commencer à le diffuser ! Le problème est que ce film n’a pas été classé comme film pour la jeunesse car pas assez stéréotypé (dans les films pour jeunesse, le policier doit boiter, le père doit avoir un gros ventre par exemple, et rien de doit être dangereux), et donc il n’a pas été beaucoup diffusé dans mon pays.

Quel est l’âge des spectateurs qui peuvent aller voir ce film « pour les jeunes » ?

Dans le film, la jeune fille a treize ans. Je pense que les jeunes de onze ans sont curieux de voir ce que leurs aînés font ; je vois cela à mes enfants. Mais je me dis aussi que c’était peut-être une erreur, qu’il aurait fallu faire un film pour adulte. Cependant aujourd’hui je pense que le public peut accepter de transgresser les restrictions. Il faut s’ouvrir, il faut toucher le spectateur. Dans les films allemands, les émotions ne sont pas permis à l’écran or je ne voulais pas d’un film comme ça. C’est un film plus « européen » qu’allemand et dans les festivals européens on a beaucoup de discussions autour des films qui ne sont pas parfait ! [Rires] Il leur faut un style frais et original !

Après le film vous êtes-vous senti satisfait du résultat par rapport à ce que vous vouliez faire ?

Je ne connais pas ce sentiment. Pour moi un film est avant tout un pourcentage de ce que je voulais faire. Quelques années après je peux me dire ah oui c’était bien mais avec mon travail je suis très critique. Mais sinon je suis ami a avec tous mes comédiens et je les aime beaucoup, quand je porte un regard critique c’est sur mon travail, non sur le leur !

Propos recueilli par Manon Rousselle

 

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