Kohlhaas : Quand l’image et le son s’articulent en film

« Un film de fin d’études ». C’est ainsi que nous l’a présenté le réalisateur Aron Lehmann lors de la première projection de son film Kohlhaas oder die Verhältnismäßigkeit der Mittel  vendredi dernier.

En effet, en symbiose avec le sujet de son film, le jeune réalisateur a eu de grandes difficultés à tourner ce film, qui était son projet de fin d’études. Que ce soit pour la production ou pour la distribution. « Du début à la fin, nous dit-il, il a fallu deux ans ». Et comme pour beaucoup de films de jeunes finissant leurs études, la distribution est toute aussi semée d’embûches. Mais qu’en est-il du film lui-même ?

Mettant en scène un jeune réalisateur, un peu fanatique, arrivant (enfin) au bout de trois ans à débuter le tournage de Michael Kohlhaas (roman d’Heinrich von Kleist) dans la campagne bavaroise, ce film est une véritable mise en abîme et relate le parcours du combattant que doit traverser un jeune réalisateur. Abandonné par son producteur, il tombe de charybde en scylla : plus de financement, une partie de l’équipe part, ceux qui restent doivent dormir par terre dans une salle commune, le maire qui les avaient accueillis à bras ouverts les lâche peu à peu… l’ensemble présenté de manière comique. Un comique aux accents grinçants cependant.

 Aron Lehmann L’alter ego (moins ego qu’alter au passage) d’Aron Lehmann est véritablement habité néanmoins : il a une foi quasi inébranlable dans son projet. Une foi qui prend forme en une allégorie aux connotations païennes ; une muse. Mais dans ce cas, on ne saurait dire laquelle d’Euterpe, de Thalie ou de Calliope se serait…

Au-delà de l’histoire et de l’aventure humaine du film, c’est la photographie du film qui est particulièrement bien exploitée. Chaque sentiment (ou absence de sentiment) est représenté, chaque plan fait sentir au spectateur ce qu’il se passe et c’est tout le panel d’émotions humaines  qui se déploie. Le comique de situation et le drame du film dans le film ; ces deux parcours se  mêlent, se rejoignent. Et c’est justement la muse, la figure féminine qui opère cette jonction. Un clin d’œil à la tradition qui fait de l’artiste un messager des dieux ?

Et à l’image s’ajoute la musique. Non pas comme une superposition qui fonctionne en raccord mais comme un véritable constituant de l’image – et du film. L’une est le pendant de l’autre. Composée dans une cave ; « bricolée par un ami musicien et moi-même » la décrira Aron  Lehmann qui a fait tous les instruments à corde lui-même, un à un ; la musique est ainsi littéralement à l’image du film.

Un habile mélange qui fait ressortir le message. Il sait s’y prendre notre jeune réalisateur.  Cependant, le rythme est un tantinet lent, trop lent et nous avons parfois du mal à rester focalisé dessus. Des maladresses rythmiques qui n’empêchent pas de l’apprécier à sa juste valeur : un très bon premier film au jeu d’acteur saisissant. Et de fait, si le film dans le film tient et persévère grâce au personnage du réalisateur, celui-ci est interprété par un excellent acteur qui fait vivre le film et qui dirige le spectateur. Un tour de force faisant du comédien jouant le réalisateur le  directeur (au sens de fil directeur) du film. Et n’est-ce pas le propre d’un réalisateur ? Une belle  catharsis et une manipulation de regard de haute voltige.

Manon Rousselle

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