La femme aux 5 éléphants – La sagesse en personne

Dans les cercles littéraires, Svetlana Geier est une personnalité bien établie. Dans la vie littéraire, les traducteurs se trouvent normalement dans l’ombre mais la traductrice des œuvres de Dostoïevski aura échappé à cette obscurité en 1994, quand elle a présenté une nouvelle traduction de Crime et Châtiment. Dès lors, on la connaît comme la « femme qui a fait de nouveau sonner Dostoïevski ». Avec le film La femme aux cinq éléphants Vadim Jendreyko s’est approché de la traductrice et il dessine un portrait complexe et fascinant d’une femme qui par sagesse et un amour incroyablement grand pour la langue – pour l’allemand comme pour le russe – fascine. Ce qui paraît être un portrait télévisuel à première vue, développe grâce à l’aura de la protagoniste un énorme rayonnement, qui fait de ce film plus qu’un portrait d’une traductrice célébrée. […]

Comment ces traductions naissent, c’est entre autres de quoi le film parle. Il montre Madame Hansen, qui comme une secrétaire consigne les traductions de Svetlana Geier avec la machine à écrire et Monsieur Kloth, le réviseur consciencieux qui dans une prochaine étape de travail lit à haute voix les pages constituées de cette manière et qui consciencieusement revoit avec la traductrice ligne par ligne, phrase par phrase – ce qui fait dans quelques scènes penser à des sketchs du comédien Loriot quand la femme agile lutte pour chaque mot, explique, essaie de convaincre. Malgré ses habitudes doucement compulsives, de telles séquences ne semblent jamais dénoncer mais apportent des moments lumineux et gais dans un film, qui par ailleurs se penche réellement sur un sujet sérieux.

Mais ce ne sont pas seulement les constellations qui donnent à ce film cette tonalité incomparable entre le comique de situation, la profondeur et la tendre modélisation de personnage. Mais ce sont aussi des scènes comme les rencontres en famille dans la maison merveilleuse de la traductrice à Fribourg, ses souvenirs d’enfance et de sa jeunesse à Kiev, des atrocités des épurations de Staline, dont son père fut victime, des rencontres avec les occupants allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale et de son déménagement en Allemagne en 1942 qui complètent l’image et qui donnent un aperçu d’ une vie pleine de revers et de volte-face. […]

On sent que la collaboration entre Jendreyko, ses formidables opérateurs et Svetlana Geier était marquée d’un respect mutuel et de quelque chose comme de l’amitié. Et on souhaite qu’il y ait plus de documentaires comme celui-ci, dans lequel même l’ambiance vibre et ce qui fait de La femme aux cinq éléphants une vraie préciosité documentaire – et cela non pas seulement pour les amis de la littérature de Dostoïevski.

Joachim Kurz pour Kino-zeit.de, 28.01.2010

Partager l'article