Pour ton anniversaire, un thriller aux accents diaboliques

Réalisateur français, Denis Dercourt s’est fait connaître avec La Tourneuse de pages (2006), puis Demain dès l’aube (2009), deux films remarqués par la critique pour leur maîtrise et leur audace. Il revient à l’écran avec Pour ton anniversaire, un thriller psychologique à l’esthétique très travaillée, tourné en Allemagne, pays où il s’est d’ailleurs lui-même installé. Il a choisi d’y jouer avec les stéréotypes, tout en parvenant à créer une atmosphère de thriller très efficace.

Dans une interview donnée pour le Festival du film de Berlin, Denis Dercourt évoque son envie première de « jouer avec le thème du diable » et de placer les spectateurs dans une ambiance de conte. Son point de départ sera donc un schéma classique de la littérature, un pacte faustien dont il étudiera les conséquences imprévisibles sur la vie de ses personnages.
Ce pacte est conclu entre les deux protagonistes principaux, Georg et Paul, pour se répartir les faveurs d’Anna dont ils sont amoureux tous les deux. C’est Georg qui en prend l’initiative, ce qui en fait d’emblée un personnage un peu trouble et mystérieux, accentué par l’ambiance un peu irréelle des premières scènes et par sa disparition aussi soudaine que rapide de la vie d’Anna et de Paul. Malgré sa blondeur et son regard clair, celui-ci n’est pas non plus exempt de toute perversité, puisqu’il est le premier à utiliser le mensonge pour parvenir à ses fins. Anna ignore tout de ce pacte, mais elle accepte la disparition de son petit ami Georg avec une facilité un peu surprenante, pour se tourner vers Paul. Le retour de Georg de nombreuses années plus tard fait remonter les vieux souvenirs à la surface et introduit le doute et le malaise dans la vie bien ordonnée de Paul et Anna qui se sont mariés et ont eu deux enfants.

Pour ton anniversaire

Pour mener à bien cet exercice de style, Denis Dercourt excelle à créer cette ambiance de conte, un peu irréelle et glacée, qui donne au film une atmosphère et une couleur très particulières. On sent une attention portée aux détails et la volonté de maîtrise des images afin de produire l’effet voulu, qui est ici tout sauf un effet de réel. Le film baigne dans une lumière froide et claire, aux couleurs dominantes de bleu, beige, gris, sans aucune tache de couleur vive pour apporter une note de vie dissonante. Le choix des lieux vient également renforcer cette impression de conte moderne, froid et neutre : la banque où travaillent Paul et Georg est un univers sobre, élégant et feutré, l’appartement de Paul et d’Anna, lieu de leur vie familiale réussie, est moderne, aux tons clairs. Enfin, la maison de campagne, signe de la réussite de Paul, se révèle être une grosse maison de maîtres impressionnante par ses proportions mais aux pièces vides et neutres. Le statut social des personnages n’est pas sans importance également : bien qu’ayant grandi en Allemagne de l’est, Paul et Georg ont bien pris le tournant de la réunification, ils ont chacun réussi et occupent des postes importants dans la banque. Dans la perspective du conte de fée, cet univers n’a pas été choisi par hasard par le réalisateur : il lui est apparu propice à la manifestation de personnages diaboliques …

Dans cet univers très contrôlé qui pourrait paraître un brin artificiel, Denis Dercourt parvient à créer les conditions psychologiques d’une tension entre les personnages et à installer une ambiance de malaise très efficace, principalement due au jeu des acteurs. Face au couple uni, mais assez réservé et apparemment transparent de Paul et Anna, les personnages de Georg et Yvonne, son épouse, apportent véritablement quelque chose de trouble et d’inquiétant. Tout est fait pour entretenir le malaise dans le jeu de ces deux personnages, à la fois un peu trop appuyé, mais jamais exubérant. Georg est-il bien le diable comme Paul semble s’en persuader ? Là où le thriller gagne véritablement en force, c’est avec l’introduction de nouveaux personnages autour du trio faustien formé par Paul, Georg et Anna. Ce sont eux qui vont complexifier le jeu et troubler les prévisions. Car le diable de Denis Dercourt sait changer d’habits et de rôle. Il va y avoir un drame, mais pas forcément là où on l’attendait.

Emilie Le Moal

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