Rencontre avec Annekatrin Hendel

Annekatrin-HendelJeudi 10 novembre, la réalisatrice Annekatrin Hendel était au Katorza pour présenter son documentaire Vaterlandsverräter / Traître à la patrie, film en compétition qui retrace la vie de l’écrivain Paul Gratzik alors qu’il était agent informel de la Stasi.

Annekatrin Hendel : Depuis 2004 je me suis lancée dans la production cinématographique. Bernd-Günther Nahm, directeur de la maison du cinéma de Kiel m’a beaucoup aidé dans le financement de ce film car ça n’a pas été simple d’obtenir des fonds. À l’origine j’étais une jeune scénographe passionnée par la littérature. Comme d’autres jeunes, on festoyait et on organisait des lectures à voix haute.

C’est autour d’une pièce de théâtre écrite par Paul Gratzik que je me suis rendue dans sa petite ferme du Uckermark dans le Brandebourg. À la première rencontre, il m’a déclaré «Bienvenue chez la Stasi». Paul a avoué assez rapidement qu’il y a travaillé alors que ce n’est pas commun de faire de tels aveux. Aussi, j’étais sidérée en apprenant qu’il avait été menacé, qu’il avait parallèlement été poursuivi et observé à plusieurs reprises. Ces dernières années, il se sentait toujours emprisonné. Paul est au contraire une personne passionnée, excentrique, qui tenait en main sa propre existence. À partir des années 1960, la Stasi (Staatssicherheit) avait réussi à recruter de nombreux artistes. Certes, sans ses engagement auprès de l’organe de contrôle, Paul Gratzik n’aurait sans doute pas réussi à publier autant d’œuvres. Mais il a été avant tout un dissident , on lui doit de nombreuses critiques sociales concernant le régime de la RDA.

En Allemagne, il y a beaucoup de films avec des représentations d’espions malfrats comme s’il y avait quelque chose de bon en eux. Et Paul est une exception, il n’était pas le genre d’espion, genre petit bureaucrate, et il a quitté de son propre chef le système… Paul a été la première personne qui a regardé le film. Et il a dit : « tu ne m’as pas trahi ».

Une impression dans le public hier soir:
Le film a soulevé la question de la dénonciation dans les années 40 en France. C’est pourquoi on est concerné par ce sujet. Ce film montre que rien n’est tout noir ou tout blanc et qu’il est parfois difficile de faire la séparation entre les bons et les mauvais.

Propos recueillis par Pierre-Alexandre Charrier.

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