Rencontre avec Aron Lehmann

Questions à Aron Lehmann, posées par le public vendredi 8 novembre 2013, à l’issue de la projection de son film Kohlhaas ou comment la fin justifie les moyens.

 
Aron Lehmann
Aron Lehmann
Votre film tourne autour de la question du financement d’un film. C’est un problème que rencontre tout réalisateur.

A.L.: Pour moi, ce n’est pas un film sur la réalisation d’un film, mais sur le combat que l’on mène pour parvenir à réaliser ses rêves, à défendre sa vision des choses. C’est en tout cas toujours très compliqué de financer un film.

D’où vous est venue l’idée de vous inspirer de la nouvelle (« Michael Kohlhaas ») d’Heinrich von Kleist?

C’est une des décisions que j’ai prises assez tard. Kohlhaas est mon film de fin d’études (à l’Ecole supérieure du Cinéma et de la Télévision « Konrad Wolf » de Potsdam-Babelsberg). Nous avons souffert en 2012 de manques d’argent et de temps. A cause de cela, nous n’avons pas pu réaliser ce que je voulais initialement. J’ai quand même eu la folie de vouloir continuer et réaliser cette épopée. Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est le rapport entre fiction et réalité dans l’histoire. J’ai décidé de montrer comment les deux se mélangent de plus en plus dans la réalisation d’un film.

J’ai décidé de choisir une œuvre de littérature allemande ancienne et j’ai opté pour « Michael Kohlhaas ». Dès la première page, Kohlhaas est apparu comme le réalisateur dont j’avais besoin.

La musique est un personnage à part entière dans votre film, elle joue un rôle très important. Quel travail autour du son a été réalisé en amont pour que celui-ci soit autant présent et participe activement au rythme du  film?  Comment a été fait le choix de la musique de Leonard Cohen (le chant des partisans)?

Je vais expliquer mon choix général en matière de musique avant de parler de Cohen. Boris Bojadzhiev, qui a travaillé avec moi sur la musique du film, a étudié à l’université avec moi, et est également intervenu dans l’écriture du script. On a discuté ensemble de la façon d’intégrer la musique dans le film, sans pour autant qu’elle ne prenne le pas sur les dialogues et l’histoire. Au cours du tournage, on a régulièrement passé de la musique pour que les acteurs s’en imprègnent. Le choix de la musique s’est effectué tardivement, comme le choix de Kleist. On n’avait en fait pas d’orchestre. On a travaillé dans une cave avec trois trombonistes et des instruments à vent. C’est Boris qui a joué tous les instruments à cordes, un par un. Pour moi, il y a vraiment eu un énorme travail du son, je trouve que la musique du film est un vrai bijou.

C’est important pour moi que le générique de fin soit regardé jusqu’au bout, car c’est là que se trouve le plus intéressant du film (Rires). Le producteur avait un CD de Leonard Cohen dans sa voiture. On écoutait toujours cette chanson (« le chant des partisans »). Je me suis battu très tôt pour qu’elle devienne la musique du film: pour ce qui est des droits d’auteur, on s’y est pris des mois à l’avance. J’avais le sentiment qu’elle était faite pour ce film et on a aussi dépensé pas mal d’argent pour qu’elle le soit.

Les acteurs, sont-ils tous professionnels? Comment les avez-vous choisis?

On a tourné le film dans ma ville natale. Il y a à la fois des acteurs professionnels et des amateurs. Les gens du village de « Speckbrodi », par exemple, sont tous des gens de ma région, à l’exception de l’acteur qui tient le rôle du maire. Ils ont tous plus ou moins d’expérience en tant qu’acteurs.  Mon personnage préféré est celui du père autoritaire. Je connais l’acteur qui l’interprète depuis longtemps, il est employé de banque dans la vraie vie. Le mélange de professionnels et d’amateurs a bien fonctionné et j’en suis ravi.

Combien de temps s’est-il écoulé entre la première idée pour le film et la réalisation?

Il s’est passé deux ans entre la toute première idée et la sortie du film, soit un an de différence avec le film « Michael Kohlhaas » (réalisé par Arnaud des Pallières), tourné au même moment.

Avez-vous des anecdotes à nous raconter concernant le tournage du film?

Oui, il y en a eu beaucoup. On a justement essayé d’imaginer tout ce qui pourrait aller de travers dans un film. Je vous raconte ma préférée: un week-end, on a accompagné Thorsten (Thorsten Merten tient le rôle de Herse, Ndlr) à la gare.  A la minute où il est sorti de la voiture, trois voitures de police, gyrophares allumés, nous ont encerclés et Thorsten s’est retrouvé avec les armes des policiers braquées sur lui. Il ressemblait en fait à un criminel qui était recherché. Il leur a expliqué qu’il était comédien et était là pour jouer dans un film. Un des policiers lui a répondu: « c’est la pire excuse que je n’ai jamais entendue ».

Y a-t-il eu un gros travail pour convaincre les producteurs de financer le film?

Ça a été très difficile en effet. Je n’ai par contre rencontré aucun problème dans le choix des acteurs; j’ai pu choisir l’acteur que je souhaitais pour chaque rôle. Le casting était terminé alors que je n’avais pas encore obtenu le moindre argent. La chance que l’on a eue est qu’on n’avait pas besoin d’énormément d’argent et qu’on a pu réduire certains coûts. Ce film est vraiment une production de village. Mes parents se sont en effet occupés du catering et les femmes du village, des gâteaux. Il y a eu beaucoup de public pour le film dans la région.

Qu’est-ce-qui vous a donné envie de devenir réalisateur?

Cette idée a germé très tôt en moi. Je suis fils de libraire, je suis né dans les histoires et petit déjà, je m’en racontais. Mon oncle m’a offert un jour une caméra et j’ai décidé que c’était avec ça que je souhaitais raconter des histoires aux gens. Je suis aujourd’hui très content d’être arrivé jusque-là.

Propos recueillis par Claire Ferotin

> Interview vidéo avec le réalisateur Aron Lehmann

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