Rencontre avec Jan Raiber

Jan Raiber projetait hier soir pour la première fois en France son film de fin d’études Tous mes pères. Un film documentaire extrêmement touchant, que le programmateur Jan Rhein était allé débusquer lors de la Berlinale. Jan Raiber s’y livre totalement, à la recherche de ses pères, réel, biologique ou fantasmé.
Extraits de l’échange avec le public du Katorza hier soir:

Est-ce que vous pensez que
filmer une telle histoire personnelle avec une caméra change forcément les choses ?

Jan Raiber : Oui, totalement. Quand il y a une caméra, tout est différent. Tout aurait été très différent dans un autre contexte, sans témoin, sans caméra. C’est pour ça que j’ai essayé de bien montrer le tournage. Pour être au clair avec ça. On voit parfois les micros, c’est transparent, explicite.

Avez-vous fait un teste ADN ?

J.R : Surtout pas. Je souhaitais que tout cela relève du ressenti, du fond de soi. Mes grands-parents auraient aimé qu’il y ait un papier, un document qui dise noir sur blanc qui est mon père. Ce n’est pas du tout mon voeu, je suis hostile à vivre ma filiation via un document administratif. Je veux du ressenti.

Est-ce que le tournage a été synchrone avec les révélations qui le jalonnent ?

J.R : Oui. Tout le tournage a duré deux semaines et demi. C’est très court. Et bien toutes ces révélations se sont déroulées aussi sur deux semaines et demi. Cela a été très dense. Et tout s’est déroulé tel qu’on le voit. Cela correspond aussi à ma façon de filmer, réaliste. J’y tenais beaucoup. Au début, je pensais juste faire un court-métrage mais quand ma mère m’a envoyé ce mail (NDLR : elle sous-entend que l’identité du père biologique n’est toujours pas la bonne), j’ai été très surpris, je ne m’y attendais pas.

Dans le public :

Vous avez trois pères … vous voyez vos trois pères !! .. Vous avez de la chance !!

Comment gérez-vous les 4 grands-pères avec le petit-fils (Jan Raiber a lui-même eu un enfant pendant cette période de révélations) ?

J.R : Je n’avais pas pensé à ce genre de situations. En effet, c’est un peu compliqué car tout le monde veut des visites … cela fait beaucoup de visites !

Est-ce que vous avez été inspiré par des films qui sont des journaux intimes, ce type de cinéma ?

J.R : Non, je ne me suis pas servi de ce type de films, même si ma prof me l’avait conseillé. Je voulais être indépendant, faire le film sans influences. Je voulais une forme unique. Mes modèles viennent plutôt de la fiction, du cinéma de Michael Haneke par exemple.

Cela m’est souvent arrivé que des spectateurs viennent me voir après le film et se mettent à me raconter leur histoire personnelle, encore plus spectaculaire que la mienne. Je pensais que la mienne était vraiment bizarre, mais parfois c’est pire ! Ce n’est pas un film qui a été fait pour être diffusé au départ. Puis maintenant je trouve ça bien de pouvoir inciter les gens à chercher plus loin dans leurs histoires familiales, les inciter à faire bouger les choses.

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