Rencontre avec Paul Poet

Après une séance décentralisée au Mans, le réalisateur Paul Poet est venu présenter son documentaire Empire me sur les micro-nations. Retour sur cette rencontre avec le public nantais :
paul-poet-empire-meD’où est venue l’idée de faire un film sur les micro-nations ?
A l’époque de mon premier film traitant des expulsions d’étranger à Vienne, l’idée m’est venue de faire un film sur les mouvements de révolte contre le système actuel. Puis, j’ai assisté au Congrès international des micro-nations à Helsinki en 2003 où cinquante micro-nations étaient invitées mais où seulement six ont répondu à l’appel dont cinq « pseudo » micro-nations basées sur l’Art. C’est aussi là que j’ai pu rencontrer la principauté de Sealand.
Je me suis toujours intéressé aux mouvements altermondialistes, des squatters, de la résistance et en croisant cette micro-nation, une nouvelle possibilité s’est offerte à moi, celle de l’utopie, ce petit point noir sur la carte qui pourrait être intéressant.
J’ai très vite noté qu’il y avait bien plus de micro-Etats que je le pensais, il y en avait 500 quand j’ai tourné le film, j’en ai visité 50 et aujourd’hui on en compte 700 de tout genre dans le monde.

Paul Poet demande au public : Et vous quel Etat aimeriez vous intégré ?
Le public répond à l’unanimité : « les villes flottantes de la Sérénissime », toutefois une spectatrice répond « Aucun».

Quand vous êtes allé à Christiana, il y avait déjà un conflit avec l’Etat danois ou était –ce une opportunité ?
Non, je n’avais pas prévu un tel conflit, ce n’était pas un calcul. Par contre le projet était de bien montrer les différents conflits internes avec une municipalité très à droite à l’époque et le projet de raser Christiana pour pouvoir vendre le terrain. Je tenais à représenter ce conflit car ce terrain était un jeu d’essai pour les policiers, des razzias avaient lieues cinq fois par jour, des maisons étaient détruites par les forces de l’ordre : c’est pour cela que je coulais montrer tout ceci. La scène des cocktails Molotov était un pur produit du hasard. Ce jour là, le tournage était même ennuyeux à vrai dire, on assistait à une réunion des membres de l’Etat qui discutaient de son organisation un peu à la baba cool comme vous pouvez l’imaginer. En sortant de la réunion, nous avons vu une personne cagoulée, puis un cocktail Molotov. C’était le bordel, il a fallut se disperser avec nos caméras.

Quand avez-vous tourné les images à Christiana ?
En 2009, lors de la Conférence de Copenhague sur le climat.

Vous avez filmé chaque Etat en utilisant un autre montage en commençant et en finissant par la mer avec une autre musique, quels sont vos choix artistiques ?
Le film n’a pas l’ambition de tout raconter, il veut faire penser et déclencher une émotion et une réflexion chez le spectateur. Au début, le film se déstructure, il n’y a que des voix, puis que des images et l’image devient un hybride entre documentaire et film hybride. Une problématique était centrée sur le Wo beginnt das Individuum ? / D’où vient l’individu ?
Mes influences sont multiples, l’idée était de créer quelque chose d’hétérogène pour sortir des clichés de genre, quelque chose qui puisse fonctionner sur plusieurs niveaux. Une citation d’Albert Einstein m’a motivé à l’époque de mouvements occupy : « En temps de crise, nous ne pouvons nous servir ni de la science, ni des faits, la seule chose qui nous reste à faire c’est rêver. »

Partager l'article