Rencontre avec Pola Beck

Questions posées par le public à la réalisatrice Berlinoise Pola Beck, à l’issue de la projection, jeudi 7 novembre 2013, de son film « L’aube au ciel » (« Am Himmel der Tag »).

On parle généralement peu des sentiments dans les films allemands. Celui-ci fait partie des exceptions. Comment s’est passé le travail?

P.B.: C’est un ami (Burkhardt Wunderlich) que je connais depuis que j’ai 16 ans qui a écrit l’histoire. J’ai été emballée par le scénario qu’il avait à l’origine écrit pour un court métrage. On l’a ensuite proposé à une maison de production. On voulait que cela devienne un long métrage. C’était au départ l’histoire d’une fille fêtarde qui perd son bébé. On a réfléchi sur la façon dont cela se passe lorsque l’on perd un enfant vers 6 à 8 mois de grossesse. On voulait que l’amour de Lara pour cet enfant soit fort, donc qu’elle ne le perde que tardivement.

C’était intéressant d’écrire avec un homme alors que le film n’est pas axé sur les personnages masculins. Le film tourne autour des figures féminines. Les différents hommes ont quand même leur place mais le but n’était pas que Lara trouve son prince charmant à la fin.

Comment s’est passé le travail avec l’actrice principale Aylin Tezel (Lara), qui est connue en Allemagne?

Je l’ai en fait rencontrée par hasard. J’avais quelqu’un d’autre pour tenir ce rôle, mais cette personne s’est désistée seulement quatre semaines avant le début du tournage. J’étais totalement désespérée. C’est mon ancien colocataire qui m’a parlé d’elle et après avoir visionné un de ses essais, j’ai été enthousiasmée par l’idée de travailler avec elle. Le travail avec elle est très agréable, il n’est pas utile de lui parler beaucoup; elle fait elle-même un gros travail de recherche autour du personnage.

Pour traiter ce sujet, on a cherché des témoignages de parents sur des forums. Il est très dur pour eux de perdre un enfant qui n’est pourtant pas encore né, qu’ils n’ont vu ni courir, ni entendu crier. Cette douleur est difficile à comprendre pour l’entourage car elle reste abstraite pour eux.

 L'aube au ciel Pourquoi Lara reste-t-elle seule après le décès de son enfant?Elle est en réalité déjà isolée quand elle apprend qu’elle a perdu son enfant. Ce n’est pas un acte volontaire, elle n’était déjà pas très proche de ses parents et elle prend un autre chemin en apprenant sa grossesse.Quand Lara perd son enfant, elle a besoin de temps, de force et de courage pour affronter cette situation et pour renouer avec ses proches. On connait tous quelqu’un qui s’est isolé de la sorte avec ses problèmes, suite à un évènement déclencheur. Ce n’est pourtant pas dans la nature de Lara.

Il était donc important pour moi qu’il ne s’agisse pas d’une femme d’une quarantaine d’années, dont les risques liés à une grossesse sont plus importants, mais d’une jeune femme d’une vingtaine d’années et que cette dernière réussisse à s’en sortir.

Le film n’entend pas uniquement traiter de la grossesse d’une jeune femme, mais par ce biais, de la façon d’aborder l’existence de toute une génération.

La relation entre Lara et sa meilleure amie Nora (jouée par Henrike von Kuick ) n’est pas toujours très claire.  Quelle en la vraie nature?

J’ai moi-même fait l’expérience d’une telle relation autour de la vingtaine. C’est en fait une amitié très intense, mais qui ne dure généralement pas très longtemps ainsi. Elles sont très proches, mais cela ne va pas au-delà de l’amitié.

Question sur le travail de recherche: on a une impression d’authenticité, notamment  lors de la scène dans le centre médico-social.

Oui, l’histoire est basée sur une expérience vécue. J’avais déjà travaillé avec l’actrice qui joue le rôle de la conseillère. J’avais envie d’une scène où l’on se dise « ce n’est pas possible que ça se passe comme ça! ». Après en avoir discuté avec des amis, je me suis rendue compte que cela se passait pourtant  généralement de cette manière, il y a une espèce de routine dans ce genre de discussion.

Propos recueillis par Claire Ferotin

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